Mail, aujourd’hui, du club de la presse de Strasbourg:

« A l’occasion du déjeuner-débat du vendredi 30 novembre prochain « Journalisme peut-on tout dire ?  » avec Bernard Guetta et Jean Lacouture le Club de la presse propose aux journalistes de répondre à quelques questions.
Ces contributions seront diffusées sur le site du Club dans un dossier spécial (et distribuées aux participants avant le débat).
– En matière d’information pouvez-vous tout dire ?
– Existe-t-il des sujets tabous ? Si oui, lesquels ?
– Quelle place accordez-vous à vos convictions personnelles dans votre devoir d’informer ?
– Entre liberté d’expression et information, que pensez-vous du phénomène du “journalisme citoyen” ? »

Ci-après mes réponses. N’hésitez pas à commenter.

(suite…)

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l’Aube le soir ou la nuit

2h05 du mat. P…, pourquoi m’est-il bien plus facile de travailler de nuit que de jour ? Conséquence directe ? Un véritable enfer passé 11h pour qui souhaite garder un minimum de vie sociale. Demain ne dérogera pas à la règle. 11h, justement, entretien avec un président de Chambre de commerce. 14h30 : nouvelle entrevue avec Francky Reinhardt, figure emblématique du jazz manouche, sur lequel je prépare un papier. 16h… J’avoue ne plus trop savoir : découverte d’une borne wifi «révolutionnaire» produite dans la région. Me reste encore quelques heures pour revoir mes notes (pourraît ne pas être inutile au vu de mes connaissances actuelles).

D’ici là, cuisson nocturne d’une tarte aux mirabelles (cuisiner est devenu un effet secondaire de toute bonne insomnie), finalisation d’une réponse à un appel d’offres (bon sang que je hais ces démarches administratives…), (re)mise en forme d’un article «froid» pour le magazine «B», et remise en forme d’un travail d’écriture pour un client privé. Déjà fait : mettre à jour le deezer de la communauté, tourner la dernière page de l’Aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza. Un livre ouvert avec méfiance. Un livre refermé avec une envie de suite. Sans doute le meilleur «livre politique» passé entre mes mains depuis un petit moment.

En fait, à bien y réfléchir, aucun ouvrage de journaliste n’avait su me séduire à ce point. Sans doute parce que plus que sur les stratégies politiques, Yasmina Reza a posé son regard sur l’homme, sur sa façon d’aborder la campagne, d’(inter)agir avec son entourage. Bien sûr, des manques (gênants) subsistent : rien sur la «racaille», rien non plus sur le discours de Nice empreint d’une rare germanophobie et de ce qui ne serait pas loin d’être assimilable à du révisionnisme colonial… Tout au plus l’écrivaine trahit-elle quelques dérapages de campagne, au sens propre comme au sens figuré – les Bretons, notamment, ne manqueront pas d’apprécier. Un petit manquement qui, au final, participe sans doute de l’humanisation du personnage. Les ombres discursives laissées derrière le rideau littéraire, Sarkozy prend ici la dimension d’un héro romanesque, troublant, voire séduisant… Lors de leur première rencontre, celui qui deviendrait un an après chef de l’Etat se disait «honoré» de l’intérêt que lui portait alors l’écrivaine. Il peut également l’être du portrait qu’elle a depuis dépeint de lui, reflet à peine dissimulé d’une fascination mutuelle mais qui en apprend bien plus sur l’homme que tout autre ouvrage politique. Ne serait-ce que pour cela, l’Aube le soir ou la nuit ne peut que séduire au-delà des clivages politiques.

Cette chronique du Philadelphia Daily News, publiée le 9 août, me hante. L’attitude du journaliste de la Fox également, si prompt à confirmer que « oui », une nouvelle attaque est inévitable. Pourquoi si peu d’écho (en fait, un silence assourdissant…) en France…?

(A noter: Le titre est du secrétaire de rédaction, sinon de la rédaction en chef, comme l’indique Bykofsky dans la video ci-dessus)

Stu Bykofsky | To save America, we need another 9/11

ONE MONTH from The Anniversary, I’m thinking another 9/11 would help America.

What kind of a sick bastard would write such a thing?

A bastard so sick of how splintered we are politically – thanks mainly to our ineptitude in Iraq – that we have forgotten who the enemy is.

It is not Bush and it is not Hillary and it is not Daily Kos or Bill O’Reilly or Giuliani or Barack. It is global terrorists who use Islam to justify their hideous sins, including blowing up women and children.

Iraq has fractured the U.S. into jigsaw pieces of competing interests that encourage our enemies. We are deeply divided and division is weakness.

Most Americans today believe Iraq was a mistake. Why?

Not because Americans are « anti-war. »

Americans have turned their backs because the war has dragged on too long and we don’t have the patience for a long slog. We’ve been in Iraq for four years, but to some it seems like a century. In contrast, Britain just pulled its soldiers out of Northern Ireland where they had been, often being shot at, almost 40 years.

That’s not the American way.

In Iraq, we don’t believe our military is being beaten on the battleground. It’s more that there is no formal « battleground. » There is the drip of daily casualties and victory is not around the corner. Americans are impatient. We like fast food and fast war.

Americans loved the 1991 Gulf War. It raged for just 100 hours when George H.W. Bush ended it with a declaration of victory. He sent a half-million troops into harm’s way and we suffered fewer than 300 deaths.

America likes wars shorter than the World Series.

Bush I did everything right, Bush II did everything wrong – but he did it with the backing of Congress.

Because the war has been a botch so far, Democrats and Republicans are attacking one another, when they aren’t attacking themselves. The dialog of discord echoes across America.

Turn back to 9/11.

Remember the community of outrage and national resolve? America had not been so united since the first Day of Infamy – 12/7/41.

We knew who the enemy was then.

We knew who the enemy was shortly after 9/11.

Because we have mislaid 9/11, we have endless sideshow squabbles about whether the surge is working, if we are « safer » now, whether the FBI should listen in on foreign phone calls, whether cops should detain odd-acting « flying imams, » whether those plotting alleged attacks on Fort Dix or Kennedy airport are serious threats or amateur bumblers. We bicker over the trees while the forest is ablaze.

America’s fabric is pulling apart like a cheap sweater.

What would sew us back together?

Another 9/11 attack.

The Golden Gate Bridge. Mount Rushmore. Chicago’s Wrigley Field. The Philadelphia subway system. The U.S. is a target-rich environment for al Qaeda.

Is there any doubt they are planning to hit us again?

If it is to be, then let it be. It will take another attack on the homeland to quell the chattering of chipmunks and to restore America’s righteous rage and singular purpose to prevail.

The unity brought by such an attack sadly won’t last forever.

The first 9/11 proved that. *

E-mail stubyko@phillynews.com or call 215-854-5977. For recent columns:

http://go.philly.com/byko.

Il y a environ deux mois de cela… 16h40. Kehl. Allemagne. Ambiance Acid Jazz à la Villa Schmidt. Cosy. Lounge. Grands parasols, terrasse agréable, vue sur plage, grande demeure de caractère. 17h10, Une Pierre Deux Coups de volant plus loin, Strasbourg, France. Parking Gutenberg. Travaux de chantier. Ambiance «sarajevesque». Gravas, rocs suspendus, barres de fer, cratère à ciel ouvert. Eclairage au flash – No ball. Quartier calme. Juste une tempête pré-design pour le rendre encore – et justement – plus calme. Cent mètres, deux cent mètres. Cinq cent. Librairie Kléber. Deuxième étage… et demi. Bureaux du libraire. J’entre, impoli, téléphone collé à l’oreille. C’est bon. Lalanne est d’accord. Je suivrai sa campagne législative. Sans rapport sinon l’anecdote : quelques années en arrière, Joeystarr et Francis offraient leur intimité aux abonnés d’une célèbre chaîne cryptée française.

Le lien avec aujourd’hui ? Une femme, Joy, «fille de», pour quelque blogueur qui se poserait la question sans plus en savoir sur l’histoire familiale de la jeune femme, auteur de «Du Bruit», son second roman. Cent cinquante pages consacrées au groupe NTM. Un livre de «groupie» un brin usant par l’omniprésence de «son» Joey. Un livre de «fan assumée», corrige Sorman, écrivaine revendiquant un rapport physique et sonore au livre plus qu’une transmission de message. Un point commun avec Joeystarr et Koolshen. Du moins avec l’interprétation qu’elle donne de leur travail d’artiste. Ce qui intéresse Joy n’est pas tant le contenu que la forme. Le jeu avec les mots. La force de leur rythmique. Le «flow». Adieu message : «Le travail d’un Joeystarr perd de sa force, de son flow, quand il s’engage dans le discours civique, idéologique au lieu de rester dans la chronique urbaine où il excelle». Même chose pour Keny Arkana, pour changer de temp(s)o : «J’aime sa force mais quand sa musique prend des accents de Manu Chao ou quelques sonorités altermondialistes cela me gonfle. Dès qu’on est dans le discours on perd de la puissance». Ce qui intéresse Sorman est d’essayer de «décrire le rap avec les mots comme on fore un puit de pétrole».

Le temps passe. Sorman fait attendre son public. Plus bas. Dans la salle banche. Là où les lecteurs attendent qu’elle déverse son flow. Dix, peut-être quinze minutes à peine d’interview. Trop court. Je ne la cerne pas. N’y arrive pas. Il y a une carapace chez Sorman. Manque de temps pour la contourner. Inspiration zéro. Vide pesant, à l’image de ce que j’ai pu ressentir son livre – enfin – refermé. Beaucoup trop de pages pour nul message. Simple exercice stylistique, répétitif, souvent même ennuyeux. Le problème de Sorman est qu’elle ne rap pas. Elle slam. Sorte de version édulcorée de quelques gros bras en Benz Benz Benz. Un peu à l’image d’Une Pierre Deux Coups, venus donner un peu de rythme à ses pages. Mais sans trop les froisser sans trop les marteler. Regard Joyesque presque attendri sur des gentils qui s’essaient à jouer aux durs. L’un des membres du groupe lancera un «je fais du rap pour les bourges en manque de sensations fortes». Pour qui Sorman a-t-elle écrit «Du Bruit» ? Pourquoi tant de longueurs, étouffantes, parasitantes ? Ce que je pense de Sorman ? Rien : comment cerner une personne en aussi peu de temps ? Seule une intuition : Joy a bien plus à offrir qu’un simple «Bruit». Elle possède ce que nombre d’auteurs n’auront jamais : ce flow, cette maîtrise rythmique qui donne toute son élégance à un récit. Ne reste plus qu’à trouver «un» récit, pour que ses mots transportent enfin autant que son flow.

tarte mirabelle 1tarte mirabelle 2

2h36. Impossible de trouver le sommeil. En fond, Mezzo. Séquences Jazz. En face, MacBook, Firefox et quelques recettes, glanées ici et là. Pas deux ne se ressemblent. Va pour celle-là :

Tarte aux mirabelles

Ingrédients :
Pâte feuilletée
150 g de sucre
2 oeufs
1dl de lait
100g d’amandes en poudre
400g de mirabelles
30 g de sucre glace

Recette :
Etaler la pâte et foncer un moule à tarte
Garnir le fond de mirabelles
Mélanger le sucre, les amandes, le lait et les oeufs
Verser la préparation sur les fruits
Cuire à four moyen
Avant de servir, saupoudrer de sucre glace

Seul inconvénient, sucre glace, amandes en poudre et lait sont absents des placards. Projet culinaire avorté. Reporté.

Autre solution : Confiture de mirabelles

Ingrédients :
1 kg de mirabelles
750 g de sucre cristallisé

Recette :
Lavez, égouttez et dénoyautez les mirabelles
Mettez dans une terrine une couche de mirabelles, une couche de sucre et ainsi de suite jusqu’à épuisement des mirabelles
Laissez macérer pendant 5 à 6 heures
Versez alors ce mélange dans une bassine à confiture
Amenez doucement à ébullition
Laissez bouillir à petit feu pendant 20 minutes en remuant constamment pour que les mirabelles n’attachent pas au fond de la bassine
Passez les pots à confiture à l’eau bouillante et retournez-les sur un torchon pour les égouttez, ils sécheront tout seuls
Retirez la confiture du feu, laissez-la tiédir
Mettez alors en pots à l’aide d’une louche, ne couvrez les pots que lorque la confiture est complètement refroidie

A la réflexion, la chose attendra également. Aucune envie de m’engager dans une telle aventure à cette heure-ci.

2h46. Salut amical au marchand de sable. Bouclage presse au saut du lit.

PS : au détour d’une recherche visuelle pour illustrer ce billet, découverte du Kitchen Notebook de Lucy (les photos ici reproduites sont à mettre à son crédit). A déguster sans fin.

Et si c’était cela une bonne interview. Un bon papier. De ceux qu’on aimerait lire. Que la presse française, triste et frileuse se refuse aujourd’hui, dans sa grande majorité, à publier. Une relation presque charnelle entre l’intervieweur et l’interviewé. Conflictuelle, passionnelle, tendre, complice, peut-être. Une brisure, fêlure d’intimité. Chercher là où nul n’est allé avant. Refuser de googler, de copier-coller. Le monde à l’envers ou presque. Se donner le luxe de prendre le temps, d’être à la limite. La frôler sans la dépasser.

Le film va plus loin bien sûr, mais quel rappel, bon sang! Un art, l’écriture, jetée en pleine face de ceux qui devraient en être les dépositaires, tout du moins les héritiers et qui, trop souvent, n’ont d’envie que de le dilapider cet héritage. Tout le monde peut écrire, lit-on. Plus encore avec les blogs. C’est vrai. Tout le monde peut compter aussi mais combien sont ceux qui savent inventer un futur à partir de quelques équations ? Ecrire est facile. Raconter une histoire, y faire entrer de plein pied son lecteur est bien plus complexe. On a voulu faire des journalistes des passeurs, genre animateurs en un peu plus sérieux. La caution intellectuelle en plus. Puis, les fonds ont commencé à manquer alors même que le monde se globalisait. De là, une idée : se faire livrer en temps réel l’information par d’autres, localisés plus près. Gain de temps, réduction de coûts. Résultat : le journaliste prend, relis, réécrit mais ne croise plus, ne rencontre plus, n’affronte plus, ne flirte plus avec la ligne. Tout juste stéréotype t-il.

Le passeur n’est même plus. Il est «deskeur» – de ceux qui se contentent de remettre en forme quelques dépêches d’agences. P… ce que je hais cette forme de journalisme, véritable négation de cette profession. Aucun mépris, juste un profond ennui. Et une peur: que déjà violemment répandue, cette forme stylistique ne devienne la norme… définitive. Déjà, d’ailleurs, les communicants se substituent aux journalistes.

«Tu n’es pas chroniqueur, tu n’est pas journaliste, tu es écrivain», ai-je une fois entendu. Comme si un journaliste de presse écrite, de ceux qu’on aime lire, pouvait être autre chose qu’un écrivain. Un papier est bien plus qu’une succession de faits. Il est perception, odeurs, ambiances sonores, regards, dits, non dits. Il est cris, silences, séduction, violence. Il est cliché, au sens photographique du terme. Un papier est une image prise à un instant T. Parfois, intrusive, émotionnelle, percutante, rageante, enivrante. Un papier est ambiance. Tout l’art du journaliste de presse écrite est là. Celui de savoir conter, non pas les chiffres mais les mots. L’art du «story teller». On peut tout dire sur Interview. Mais une chose ne peut lui être enlevée : sa force narrative. Conflictuelle et sensuelle qui fait qu’au bout de la nuit, quelque chose s’est produit et qu’à ce titre pourrait/devrait être écrit.

Fauteuils rouges. Un peu fatigués mais confortables. Première scène, glauque. Enfermée. Destin tragique. Regards forcés. Jamais croisés. Comme s’il savait. Comme s’il se doutait de l’inavouable, sinon, plus tard dans la nuit, à une actrice de série B. Autre scène, autre lieu. Répétition, rapide coup d’œil horaire. Motivation zéro. De part et d’autre. Ni lui ni elle. Lui, Pierre, parce que trop haut dans la hiérarchie journalistique pour s’abaisser à un tel exercice. Elle, Katya, sans doute par lassitude à répéter un exercice couru d’avance : ma vie mon œuvre, mes seins, grossis, rétrécis. La blonde siliconée peut-elle héberger autre chose qu’un demi neurone entre ses deux lobes frontaux. Sans doute non. Mais au moins sait-elle encore faire vendre du papier…