Hier soir, 19h50. Envie de dernière minute. Ou presque. Peur, surtout, et sans doute, de perdre de vue l’Interview de Steve Buscemi. Petit cinéma de quartier. Loin des grands complexes actuels. La caissière est au téléphone. Une histoire de tarification, si j’en crois mon conduit auditif. Le couple devant attend, fébrile, la réponse. Maya – elle a une tête à s’appeler Maya – raccroche le combiné.
– Non, désolé, ces réductions ne sont pas valables dans notre établissement.
– Pourtant, on nous avait dit que…
– Sans doute une erreur de leur part. Peut-être pouvez-vous encore les échanger.
Le couple marmonne, agacé. Dix minutes que dure la scène. Que personne n’avance. Qu’à ce rythme là, nul doute, un bout du film manquera.
– Et si je vous sors ma carte Fnac ?
– Là, vous aurez droit à une réduction.
– Bien, tenez.
Soulagement de la cinéphile et de son époux.
– En même temps, je n’en ai pas besoin, nous appliquons d’office le tarif réduit le dimanche, carte ou non.
(silence). Pour le coup, Maya, je te l’aurais bien fait manger cette fichue carte. Tout ce cirque, cette file d’attente quasi vide débordant à présent sur le trottoir pour rien. Juste pour le plaisir de voir défiler en vain les minutes. De voir quelques gouttes couler le long de visages trop pressés. En même temps, qu’est-ce qu’elle en a à foutre Maya ? Comme si cela allait changer son quotidien, briser la glace – l’une de ces vieilles vitres de caisse – qui la sépare de la clientèle. Tic, tac. P…, ticket en main, enfin.

Publicités