l’Aube le soir ou la nuit

2h05 du mat. P…, pourquoi m’est-il bien plus facile de travailler de nuit que de jour ? Conséquence directe ? Un véritable enfer passé 11h pour qui souhaite garder un minimum de vie sociale. Demain ne dérogera pas à la règle. 11h, justement, entretien avec un président de Chambre de commerce. 14h30 : nouvelle entrevue avec Francky Reinhardt, figure emblématique du jazz manouche, sur lequel je prépare un papier. 16h… J’avoue ne plus trop savoir : découverte d’une borne wifi «révolutionnaire» produite dans la région. Me reste encore quelques heures pour revoir mes notes (pourraît ne pas être inutile au vu de mes connaissances actuelles).

D’ici là, cuisson nocturne d’une tarte aux mirabelles (cuisiner est devenu un effet secondaire de toute bonne insomnie), finalisation d’une réponse à un appel d’offres (bon sang que je hais ces démarches administratives…), (re)mise en forme d’un article «froid» pour le magazine «B», et remise en forme d’un travail d’écriture pour un client privé. Déjà fait : mettre à jour le deezer de la communauté, tourner la dernière page de l’Aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza. Un livre ouvert avec méfiance. Un livre refermé avec une envie de suite. Sans doute le meilleur «livre politique» passé entre mes mains depuis un petit moment.

En fait, à bien y réfléchir, aucun ouvrage de journaliste n’avait su me séduire à ce point. Sans doute parce que plus que sur les stratégies politiques, Yasmina Reza a posé son regard sur l’homme, sur sa façon d’aborder la campagne, d’(inter)agir avec son entourage. Bien sûr, des manques (gênants) subsistent : rien sur la «racaille», rien non plus sur le discours de Nice empreint d’une rare germanophobie et de ce qui ne serait pas loin d’être assimilable à du révisionnisme colonial… Tout au plus l’écrivaine trahit-elle quelques dérapages de campagne, au sens propre comme au sens figuré – les Bretons, notamment, ne manqueront pas d’apprécier. Un petit manquement qui, au final, participe sans doute de l’humanisation du personnage. Les ombres discursives laissées derrière le rideau littéraire, Sarkozy prend ici la dimension d’un héro romanesque, troublant, voire séduisant… Lors de leur première rencontre, celui qui deviendrait un an après chef de l’Etat se disait «honoré» de l’intérêt que lui portait alors l’écrivaine. Il peut également l’être du portrait qu’elle a depuis dépeint de lui, reflet à peine dissimulé d’une fascination mutuelle mais qui en apprend bien plus sur l’homme que tout autre ouvrage politique. Ne serait-ce que pour cela, l’Aube le soir ou la nuit ne peut que séduire au-delà des clivages politiques.

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