Je ne le lirai que le lendemain mais Libé n’a pas aimé Interview. Pire, la critique est acerbe. Presque vomitive : «Le film ne ressemble qu’à une pièce de théâtre filmée où deux protagonistes, un journaliste correspondant de guerre et une starlette de sitcom, jouent à cache-cache avant de se réévaluer (et de se trahir) mutuellement. Malgré la volonté d’apporter du rythme, l’ennui rôde et l’on retient juste que Sienna Miller mérite mieux que sa notoriété d’ex- girlfriend de Jude Law cocufiée par la baby-sitter.» Critique chez Télérama, Pierre Murat est à peine plus tendre : «Ici, la fausse star et le journaleux qui rusent pour tenter de se (et de nous) duper restent les rouages d’une mécanique forcée et répétitive.» Reste Michel Palmiérie de Elle et ses trois étoiles, justifiées par les lignes qui suivent : «D’abord fièrement proclamées, les forces en présence se mêlent et se fissurent à mesure que s’affirme un lien trouble entre les combattants. L’intellectuel est-il si pur? La belle est-elle si bête? Alcool, érotisme et psychanalyse, composants récurrents du théâtre de Tennessee Williams, alourdissent l’atmosphère vénéneuse d’une intrigue nourrie de fausses sincérités et d’authentiques manipulations. Un huis clos étouffant et magnifique.» Bingo. Enfin un. Tous n’ont pas détesté. Télé 7 Jours avait bien aimé aussi, mais avouez que pouvour se rattacher à Elle a quand même un peu plus de classe que de s’en remettre aux disciples de Geneviève de Fontenay. En même temps, cela aurait de la gueule, Geneviève en héroïne de Sundance…

Hier soir, 19h50. Envie de dernière minute. Ou presque. Peur, surtout, et sans doute, de perdre de vue l’Interview de Steve Buscemi. Petit cinéma de quartier. Loin des grands complexes actuels. La caissière est au téléphone. Une histoire de tarification, si j’en crois mon conduit auditif. Le couple devant attend, fébrile, la réponse. Maya – elle a une tête à s’appeler Maya – raccroche le combiné.
– Non, désolé, ces réductions ne sont pas valables dans notre établissement.
– Pourtant, on nous avait dit que…
– Sans doute une erreur de leur part. Peut-être pouvez-vous encore les échanger.
Le couple marmonne, agacé. Dix minutes que dure la scène. Que personne n’avance. Qu’à ce rythme là, nul doute, un bout du film manquera.
– Et si je vous sors ma carte Fnac ?
– Là, vous aurez droit à une réduction.
– Bien, tenez.
Soulagement de la cinéphile et de son époux.
– En même temps, je n’en ai pas besoin, nous appliquons d’office le tarif réduit le dimanche, carte ou non.
(silence). Pour le coup, Maya, je te l’aurais bien fait manger cette fichue carte. Tout ce cirque, cette file d’attente quasi vide débordant à présent sur le trottoir pour rien. Juste pour le plaisir de voir défiler en vain les minutes. De voir quelques gouttes couler le long de visages trop pressés. En même temps, qu’est-ce qu’elle en a à foutre Maya ? Comme si cela allait changer son quotidien, briser la glace – l’une de ces vieilles vitres de caisse – qui la sépare de la clientèle. Tic, tac. P…, ticket en main, enfin.